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Le patois

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Dans le courant du Moyen-Age, on divisait les différentes langues "issues du latin" en trois branches : la langue d’oc, la langue d’oïl, et les langues de si, de la manière dont les habitants avaient l’habitude de dire oui. Soit, au sud de la Loire, entre la Loire et les Pyrénées (oc), soit au nord de la Loire (oïl), et en Espagne, en Portugal et en Italie (si).

Les Pays de l’Ain sont de ces régions privilégiées. Ils ont longtemps été possessions savoyardes, donc rattachées à l’Italie, jusqu’en 1601, date de leur réunion à la couronne de France. On trouvera donc un mélange de langue d’oc, de langue d’oïl et de langue de si. Le tout a formé le franco-provençal. La région étant un carrefour, un lieu de passage presque obligé entre le nord et le sud, entre l’occident et l’orient, sont venus se greffer un grand nombre de dialectes et parlers d’autres peuples.

" On nomme plutôt dialecte la langue d’une population nombreuse, importante, le plus souvent indépendante des populations voisines parlant la même langue qu’elle ; et patois le langage d’une contrée d’importance moindre, dont la dépendance, vis-à-vis d’une nation plus cultivée, a forcé l’idiome national à descendre dans les classes inférieures ou à se réfugier parmi les populations rurales. " (P. Larousse, Grand dictionnaire du XIXeme siècle )

Pour la région qui nous intéresse, nous avons une base commune qui était certainement à l’origine une langue commune ( on retrouve certains termes du patois bressan dans le patois piémontais, par exemple ), qui s’est morcelée en divers dialectes, dans lesquels les habitants de contrées différentes ont puisé certains mots pour en abandonner d’autres, en ont inventé de nouveaux, etc…, pour parler un patois qui leur était propre.

Lorsque les légions de Jules César vinrent en Gaule, les peuples gaulois parlaient un certains nombre de langues, différentes mais très proches les unes des autres.

Chaque famille de la tribu reprenait son langage, son dialecte, autour du feu familial. C’était aussi une manière de se protéger de quelques oreilles indiscrètes ! Chaque "classe" avait aussi ses expressions propres : les domestiques, les bergers, les soldats, les esclaves, les prisonniers, préfiguration de certains argots actuels. Les femmes créaient leurs mots pour la maisonnée, chaque génération apportant les siens pour ne pas être en reste… On assistait aussi à la "fabrication" de dialectes spéciaux à quelques professions, incompréhensibles si on ne fait partie de ladite profession, ou corporation.

Au fur et à mesure que la langue "commune" de la tribu, puis de la confédération de tribus, se développait, des patois faisaient leur apparition, ciments d’une famille, d’un groupe, d’un village, d’une petite région. Langue essentiellement parlée, en constante évolution, qui a tendance à disparaître avec la modernité. Mais, bien que les progrès de la civilisation et de la centralisation concourent à en réduire le nombre, à en faire disparaître de plus en plus, ou à en affaiblir les traits, les patois demeurent encore dans tous les peuples, plus ou moins vivaces.

Incertains dans leurs origines, inconstants dans leurs formes, les patois, des Pays de l’Ain ou d’ailleurs, ne fixèrent jamais un vocabulaire précis, ni même une orthographe reconnue par tous ceux qui les parlaient. Ils renferment des éléments de la plus haute antiquité, contemporains de la langue latine (parlée essentiellement par les lettrés compte tenu de sa complexité), et même antérieurs à la conquête romaine. On y trouve des termes venus du gaulois et d’autres langues appartenant aux peuples qui traversèrent e pays à ces époques reculées. Cependant, ce sont le latin et le "franco-provençal" qui ont laissé leur empreinte la plus reconnaissable.

Les patois bressan, bugiste et dombiste appartenaient au domaine du Franco-provençal. Quelques chercheurs ont fait la distinction entre le patois bressan, plutôt de langue d’oïl, et les patois bugiste et dombiste, plutôt de langue d’oc.

Disons simplement que chacun d’entre eux a subi l’influence de langues extérieures. La région n’était pas française au moment des "grandes manœuvres" anti-patois dont nous avons parlé plus haut. Tout le nivellement d’avant 1601 ne concerna pas la Bresse et le Bugey. Et il fut plus difficile de gommer les dialectes par la suite. De nos jours, les anciens parlent encore le patois entre eux, que ce soit dans les repas de famille, ou quand ils se rendent au marché, sinon aux Glorieuses de la Volaille. On doit toutefois préciser que beaucoup de mots ont été peu à peu francisés, subissant en cela les influences de l’école, de la caserne, des journaux, des voyages. Le véritable vieux patois a pratiquement disparu.

"Quels sont les gens qui en Bresse désignent encore une omelette par le mot "pêlo" ? Tout le monde dit "n’eumeleta", qui est le mot "omelette" patoisé." (Denis Bressan)

"Des différents travaux parus dans ce journal ("La Revue des Patois", fin du XIXeme siècle, imprimé à Lyon), et exécutés avec la méthode scientifique la plus rigoureuse, il résulte que le patois bressan est fortement apparenté aux dialectes du Rhône, de l’Isère, des Deux Savoies et même de la Loire. Il appartient à la grande famille du roman de France. C’est un amalgame de celtique, d’allemand, de latin, d’italien et de français, et qui représente l’esquisse historique des peuples qui dominèrent successivement notre pays. Chacun de ces peuples lui a donc laissé une empreinte de son langage." ( Paul Carru )

D’une manière générale, le patois bressan est moins évolué que le français traditionnel. Il est dérivé en grande parie du latin, tout comme l’italien, qui ont obligatoirement exercé des influences. On trouve d’ailleurs des mots ou des consonances semblables entre ces langages. L’influence du celtique est importante et presque intacte en Bresse, où les verbes à l’infinitif se terminent en " ô ", alors qu’ils se terminent en " â " dans le Bugey : amô // amâ.

Quand il s’agit d’exprimer des choses touchant aux préoccupations des campagnards, comme par exemple l’état du ciel, le patois est plus précis que le français. Nous ne donnerons qu’un seul exemple : celui de la "pluie" et des différentes manières de l’exprimer (d’après une étude de Paul Carru) :

LA PLOUZE ( la pluie )
(na) goutaya - une) pluie peu importante et à gouttes largement espacées.
(na) plouzouno - (une) pluie insignifiante.
(na) chabro - (une) petite pluie de courte durée.
(na) ramecha - (une) grosse pluie de courte durée.
(n’) avercha - (une) pluie plus grosse que la ramecha.
(n’) élavo - (une) pluie très forte et d’une durée suffisamment longue pour provoquer une crue.
(n’) elevaizeou - (une) pluie en trombe creuse le sol, provoque des inondations emportant tout.
(na) fouyatô - (une) pluie très forte, projetée par un grand vent.
(na) radô - (une) pluie en averse.

Mais le problème avec les patois de nos régions, est qu’ils n’ont pas de règles d’écriture. Il n’existe pas de littérature en patois bressan, il n’existe pas de littérature en patois bugiste, comme il en existe pour le provençal, le corse ou le breton (ce sont là de véritables langues régionales). C’est une des raisons qui fait qu’il est pratiquement impossible d’enseigner le patois de l’Ain dans les écoles. L’autre raison est qu’il diffère d’un village à l’autre.

"Au reste, on aurait tort de croire qu’il n’y a qu’un patois bressan ; il y a au contraire une infinité de patois de la Bresse, qui varient de village à village et quelquefois même de maison à maison, suivant les alliances qui s’y sont opérées, sinon quant à leur vocabulaire, du moins quant à leur prononciation.
"Ainsi, à Pont d’Ain, aux confins de la Bresse et du Bugey, on a le parler sonore en "a" (ex : "U y alla vou ?" Où allez-vous ?). A 10 kilomètres au nord, à Saint-Martin du Mont, la tonique "a" s’assourdit et se transforme en "o" doux, comme dans le français "or" (ex : "U y allo-vous ,"). Enfin, si l’on remonte à 10 ou 20 kilomètres plus au nord, c’est-à-dire dans toute la région avoisinant Bourg, cette tonique devient un "o" dur, comme dans le mot français "fantôme" (ex : "U y allô-vou ?")"
( Paul Carru )


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